N° 4

 
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VIE(S) DE COUPLE !
(UNIONS LIBRES ET LIBÉRÉES?)

par CAMILLE MOREAU

C'est vrai que les gays ont plus tendance à vivre seuls que les hétéros mais la plupart expérimentent au moins une fois la vie en couple. Fredonnent-t-ils alors des chabadabada et autres refrains du type « le mari, sa femme etson amant » ? Ou bien s'affranchissent-ils des modèles hétéro-patriarcaux ? À y regarder de plus près, la situation apparaît bien plus complexe et le couple gay ne se laisse pas facilement ranger dans des cases. Tout d'abord, selon les individus, être en couple ne veut pas forcément dire la même chose : on vit ensemble (52 %) ou non, les conjoints ont des aventures en dehors de leur couple (67 %) ou pas... Et puis ce que les gays décrivent de leur vie est encore plus complexe... « Tournez manège ! » Il y a le « mari », avec lequel il arrive qu'il n'y ait plus (ou peu) de rapports sexuels ; il y a un ou plusieurs amants, partenaires de coeur et de sexe, pour partager des moments intimes; il y a les fuck buddies, copains de baise, plus ou moins réguliers, pour le pur plaisir sexuel ;et enfin il y a les "one-shot", coups d'un soir rencontrés sur un lieu de drague, au sauna, au bordel ou désormais très souvent sur Internet.Etc.?

À côté de couples fidèles qui s'autorisent d'exceptionnelles escapades, d'autres s'organisent une vie sexuelle digne d'un agenda de ministre ! Mais entre ces deux extrêmes, chaque vie à deux est unique. Des liaisons tenues secrètes au partage complice en passant par la franche négociation, les arrangements qui régissent le couple varient selon chaque situation. Ils suivent en général une règle de compromis, entre risque de santé et risque de solitude¹. Pour préserver leur amour conjugal, la plupart des couples ouverts passent donc une sorte de contrat, s'octroyant un «périmètre de sécurité affective », censé délimiter leurs liaisons extraconjugales. Ils s'appuient également sur des stratégies de prévention rationnelles pour se préserver du VIH et des IST ou éviter de les transmettre. Tous, ou presque, décrivent néanmoins des épisodes de "dérapages", des liaisons dangereuses, plus ou moins régulières, des prises de risques. Leurs arguments ?Le désir, la passion, l'intensité sexuelle, la« désinhibition »... Ce n'est pas une légende, le coeur et le sexe ont leurs raisons que la raison ignore. Et dans ces cas-là, pas facile de tenir tête à ses sens...

Dommage collatéral

Comme c'est au sein des relations stables que les pratiques de pénétration non protégée sont les plus fréquentes et régulières, toute entorse lors d'une aventure peut retentir sur le partenaire régulier. Une analyse de 34 couples, dont les partenaires sont a priori séronégatifs, montre que 7 d'entre eux seulement appliquent correctement les principes de la sécurité négociée². Les autres, la majorité, ont une gestion approximative de ces règles : même lorsqu'elles sont bien connues, un enchevêtrement relationnel peut les rendre difficiles à mettre en pratique.

Nous deux !

Les gays sont 26 % à vivre à deux, contre 69% pour les hétérosexuels et 49% (contre 79%) entretiennent une relation stable³. Dans l'Enquête Presse Gay (EPG) 2004, 51% des hommes interrogés déclaraient vivre une relation durant depuis plus d'un an, et 10%, être pacsés4.

¹Michael Pollack, Les homosexuels et le sida,Paris, Métailié, 1988.
²Jean-Yves Le Talec, Bareback et pratiques sexuelles à risques chezles hommes gais, rapport de recherche à l'ANRS, université de Toulouse2-Le Mirail, 2004.
³Nathalie Bajos et Michel Bozon, La sexualité en France. Pratiques,genre et santé, Paris, La Découverte, 2008(ces pourcentages se réfèrent aux « hommes ayant despratiques homo/bisexuelles »).
4 Annie Velter, Rapport Enquête Presse Gay 2004, Paris, ANRS et InVS, 2007.Merci à Jean-Yves Le Talec, sociologue - CERTOP-SAGESSE,université de Toulouse 2-Le Mirail

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