Inutile de s'épuiser à courir les bars pour s'en apercevoir : les gays sont plus souvent célibataires que les hétéros. La même traversée peut aussi exaspérer un lassé du célibat : les couples, amoureux et complices, existent. Ils affichent même, parfois, cet air béat propre aux amoureux du monde entier. Mais si le nombre est là, les figures choisies pour vivre en duo sont aussi nombreuses que celles du Kamasutra. La main la plus habile du monde serait bien en peine de dessiner le portrait-robot du couple gay. Pour la majorité, les « frontières » du couple ne sont ni étanches ni figées. Les couples gays ont chacun leur propre définition de la vie à deux.
Les relations évoluent avec le temps et selon les circonstances, les attentes des partenaires se modulent, avec la douceur d'une sonate ou le rythme (et les scènes !) d'un opéra en trois actes. Quand certains vivent, dans la joie, une vie conjugale classique, avec mari et parfois enfants, d'autres jouent la carte du couple ouvert. Le mari est alors un tendre point de repère au milieu d'une galaxie d'amants, de potes de baise ou de coups d'un jour péchos sur un lieu de drague ou sur le net... Mais chaque recette, de la plus fidèle à la plus open, s'épice d'ingrédients non listés. La psyché humaine renferme tant de surprises...Le couple n'est pas toujours ce joli nuage qui transporte deux amoureux sur un ciel de bonheur, sur trente ans et sans tempête. Même chez les plus libérés, la jalousie pointe parfois son nez.
Un plan à trois, aussi jouissif soit-il, peut dévaster le plus épris des hommes et le transformer en jaloux ordinaire, pour un geste de trop qu'il estime réservé à lui seul. La confiance, considérée comme un ciment, peut s'effriter pour un retour trop matinal, alors que l'autre avait promis de ne jamais découcher ou ne pas trop jouer avec la vérité.
L'amour peut aussi apparaître, dans un lieu où tout paraît conçu pour la pure satisfaction sexuelle, et s'épanouir, dans le respect de soi et de l'autre.
Bien sûr, il y a quelques règles, claires et précises : on a beau s'aimer d'amour fou, on fait le test tous les deux avant d'arrêter le préservatif ; dès qu'on s'aventure dans les bras d'un autre, on utilise des capotes ; et surtout, on fait tout pour ne jamais se brider... la parole ! Prises de risques ou dérapages ? On joue cartes sur table et on dialogue pour, s'il le faut, se remettre la tige sous latex, jusqu'au prochain test. Le big souci, c'est que dans la vraie vie, parler de prévention, ce n'est pas comme fantasmer sur les jarrets velus du prof de la salle de gym.Ce n'est pas simple, pas anodin. Aborder ce type d'événements, c'est dire des choses sur soi, sur l'amant, sur l'amour que l'on éprouve pour son mari. C'est aussi parler de ce désir qui tient parfois à un fil, qui monte et qui descend, c'est dire ses manques... et ses peurs.Bref, c'est finalement se poser la question de savoir où en est son couple.
Justement, c'est parce que ces questions ne sont pas faciles à aborder que ce numéro 4 de « Prends-moi » se penche sur le couple, ses enjeux relationnels, affectifs et sexuels. Mieux connaître son couple, savoir ce qu'onen attend, prendre en compte les désirs de l'autre...