La vie à deux, en amoureux ? Je n'ai jamais cru que c'était pour moi. J'ai grandi avec l'idée que les couples, c'étaient pour les hétéros. Jamais je n'avais eu de cohabitation longue. Ma première et plus longue liaison a commencé au lycée, de la première à la terminale, mais c'est à peine si on se caressait et si on s'embrassait avec la langue !
Depuis que je suis parti de chez mes parents, j'ai eu trois copains fixes à qui j'ai été fidèle, enfin presque totalement, je peux quand même rouler une galoche à un mec en club...
Quand j'ai croisé Thibaud, c'était à un after, un lundi, enfin, une fin de dimanche soir. On a passé la journée à deux. Il a quitté sa coloc' le jeudi matin pour s'installer chez moi parce que je le lui avais proposé, en lui laissant le choix. C'était THE big love story pour moi, pas une liaison.Je le connais depuis deux ans et j'en parle comme mon mari, à tout le monde. Souvent, on parle de Las Vegas, ou de la Hollande, nous on veut un vrai mariage en costume blanc. En plus je suis sûr qu'on pourra le faire bientôt, je veux dire dans les dix ans à venir.Au début, j'ai cru que notre histoire allait bugger très vite parce que nous étions enfermés, je veux dire limités à des rôles de cul très clichés, mais ça a évolué : je voulais le prendre, je ne suis pas encore sûr aujourd'hui qu'il aime ça, mais il me laisse faire. Et puis on découvre des choses à notre rythme.
Aller en groupe dans un sex-club, on en a parlé, je le sens pas trop. J'aimerais bien m'exhiber, à la limite, mais tant pis si on me juge coincé, j'ai besoin de connaître un peu mon partenaire. Je suis fidèle, je l'ai dit. Sauf pendant les vacances, il nous arrive de pécho un troisième. Mais
il faut vraiment qu'il nous fasse tripper à fond tous les deux. Pas une seconde, je ne peux imaginer qu'il aille draguer sans moi, mais je lui ai dit de me le dire si ça le titillait. C'est mon côté « hétérote » : je veux bien être cocue, mais pas ridicule. L'apprendre d'un vague copain en prenant l'apéro, je ne pourrais pas supporter. Je lui ai dit, je sais qu'il sait.
Fabrice : notre histoire a démarré dans la vapeur d'un hammam, dans un sauna à Lyon. À l'époque, j'étais marié, c'était il y a 12 ans, j'y allais au moins une fois par semaine.
Jérôme : moi je venais de lâcher Gaël pour qui j'avais quitté mon épouse trois ans auparavant.
Fabrice : après quatre mois de rendez-vous géniaux, super sexe, où on parlait pendant des heures, on a loué un appartement. Après, dans l'appart, le fils de Jérôme a habité avec nous un an, on était moins chaudasses, moi j'avais tout le temps peur qu'il rentre du lycée.
Jérôme : depuis, je ne l'ai pas quitté plus de huit jours.
Fabrice : pour moi c'était nouveau, je n'avais jamais partagé autant avec un mec. De toutes façons, on avait trois meubles, deux valises de fringue et chacun une pension alimentaire. Je peux dire que je l'ai pris au naturel et avec tous ses problèmes, de père, de santé, de boulot!
Jérôme : c'est vrai que question boulot, c'est toujours un peu hard, pour toi et pour moi. Ma santé, c'est pas l'extase, mais c'est correct.
Fabrice : oui, mais comme on a décidé que sa santé passait avant son boulot, c'est plus simple. On a vécu avec un salaire quand il démarrait un traitement et qu'il ne pouvait pas bosser. On a un compte commun pour tout, c'est totalement transparent, on passe du hard discount à l'épicerie fine, ça dépend des périodes.
Jérôme : je crois que le stress de ne pas avoir de job flingue plus nos libidos que la vie quotidienne. Moi, les habitudes, le dîner, la clé dans la serrure à la même heure, j'adore, ça me réconforte, je sais ça fait un peu troisième âge, mais on n'a rien d'un couple moderne.
Fabrice : euh... pour la libido, moi j'ai eu une phase très sexe, où je profitais à fond de mon temps libre et quand je dis à fond, c'est pas qu'une image, je connais tous les saunas de Paris, je pourrai faire un guide.
Jérôme : et quand on allait au sauna à deux, on ne faisait rien ensemble, pas de truc à trois. Mais même sans ça, moi ça ne m'allait pas, je veux bien savoir qu'il baise avec un autre, j'ai pas envie de voir avec qui: s'il est plus beau, ça me complexe, s'il est plus moche, je perçois pas l'intérêt. On a du y aller pendant un an, pas plus.
Fabrice : on s'est un peu engueulé et on est tombé d'accord pour ne plus y aller ensemble. Finalement, c'est avec Jérôme que c'est le mieux, mais j'ai mis quelques années à en être sûr et puis il est plus hard qu'avant, j'aime bien.